Feux 2022 : quels coûts financiers et environnementaux?

Dernière mise à jour : 13 sept.


Vendredi 26 août, "Le feu de Monteux" a été tiré dans le quartier de la plaine des sports. Après deux années d'interruption et de restrictions « covid », l’édition du feu 2022 maintenue « contre vents et … incendies » aura donné lieu à polémique. Les incendies hors normes non maîtrisés par les pompiers mobilisées sur toute la partie sud de la France durant des semaines ont conduit logiquement à l'annulation de la quasi-totalité des feux d’artifice qui étaient programmés après le 14 juillet. Dans ce contexte, le maintien du feu à Monteux fut perçu comme une rupture dans la chaîne de solidarité et de discipline que se sont naturellement imposées la quasi-totalité des villes de Provence Alpes Côte d’Azur et Occitanie depuis un mois et demi.


Les Montiliens et leurs invités, auront eu droit à leur spectacle « leur permettant d’oublier temporairement les soucis du moment » conformément au vœu de leur maire.


La qualité technique du « Feu de Monteux » est reconnue de longue date par les amateurs de feux d’artifice. Les habitants y sont dans leur majorité assez attachés. Sans porter d’avis sur la qualité artistique du spectacle proposé le 26 août dernier, débattue par nombre de commentateurs, c’est davantage vers le coût financier et environnemental que nous souhaiterions, avec un peu de recul, attirer l’attention du lecteur.


En effet, depuis notre investiture en tant qu’élu municipal, l’âge de l’innocence s’est éloigné et les questions que jusque-là nous laissions à d’autres le soin de résoudre s’imposent à nous.


Combien coûte à notre portefeuille un feu de 45 minutes dans notre localité ?

Quels sont les moyens mis en œuvre par la collectivité (Etat, Département, etc …) pour sécuriser notre évènement ?

Quel est le coup porté aux milieux naturels ainsi qu’à la faune sauvage par le déploiement de ce spectacle ?


Parallèlement à cela, sommes-nous en mesure d’évaluer les retombées favorables pour la commune de cette manifestation devenue une tradition ? La tenue d’un spectacle annuel tel que le Feu, est indéniablement un levier de notoriété et de prestige pour asseoir le rayonnement et l’attraction de la commune.

Tout investissement suppose un retour sur investissement et l’évaluer est une nécessité.


Examinons tout d’abord les diverses natures de « coûts » induits par la manifestation :


L’incidence sur l’espace naturel direct et les habitats :


Pour permettre l’installation de la zone de tir du 26 août, c’est un site naturel de prairies et un sentier bordé d’arbustes et de végétation de type bosquet, qui a été retourné par des engins de chantiers deux jours durant puis damé.

Malgré cela, plusieurs départs d’incendies ont été constatés dans la zone arrière du feu d’artifice avec notamment la haie du jardin d’un particulier habitant dans le lotissement jouxtant la zone de tir qui a brûlé. L’intervention rapide des pompiers a permis de limiter les dégâts.


Les jours suivants le feu, nombre de détritus pyrotechniques jonchaient le sol de l’espace naturel derrière le stand de tir.


S’agissant de la prévention du risque incendie directement lié au feu :


Ce sont cinq camions de pompiers qui ont été mobilisés. Ces coûts en matériels et compétences ont été financés selon toute vraisemblance sur fonds publics du Département.


L’incidence environnementale : pollution de l’air, contamination des sols liée aux retombées chimiques. Nous détaillons en deuxième partie du présent dossier les divers contaminants dégagés à chaque tir de feu. Un mot également pour alerter sur les traumatismes et les décès causés à la faune sauvage.


Pour vous convaincre de ces traumatismes réels, demandez aux propriétaires de chiens l’état dans lequel se trouve leur animal en présence d’un tir de feu d’artifice … Ils vous diront l’état de panique causé par les déflagrations. Il est de même pour les oiseaux qui sont extrêmement perturbés, à chaque festivité pyrotechnique, des dizaines d’oiseaux succombent. Les fortes déflagrations, surtout quand elles sont soudaines, provoquent une augmentation du stress, du rythme cardiaque et de la vigilance des oiseaux.


Passer tout ceci sous silence, serait un déni de réalité pour le moins coupable compte tenu de la responsabilité qui nous revient en tant qu’élu. A chaque fois que cela est en notre possible, c’est à dire lorsque le niveau de décision se situe à l’échelon local, nous devons arrêter les dégradations environnementales inutiles.



Le caractère populaire de l’évènement ;


Compte tenu de la configuration actuelle du spectacle, nous constatons que pour les habitants qui ne sont pas entrés dans la zone payante, la plus grande partie du feu n’est pas visible. Cela n’était pas le cas à l’origine, où on pouvait le voir de très loin. D’autres municipalités et non des moindres – Toulouse, par exemple- ont fait le choix de rendre leur feu le plus démocratique possible en proposant un spectacle en hauteur sur plusieurs points de tir, visible de loin et de toute la ville, donc par tous les habitants, sans les contraindre à de grands rassemblements de foules et de piétinement durant des heures.


La prise en considération de ces divers facteurs, montre que le choix d’un feu d’artifice est un acte éminemment politique et que pour cette raison, ses modalités et son accès doivent faire l’objet d’un débat régulier et ouvert auprès des représentants de la population.


Il est normal que ces questions se fassent jour maintenant et non pas il y a 30 ans, lorsque l’état des ressources naturelles n’était pas aussi abîmé qu’il l’est aujourd’hui. Pour être pérenne une habitude festive doit évoluer avec son temps et sa société, c’est le type de questionnement qui mérite d’être envisagée de façon très large au sein de notre commune.


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Pour les lecteurs qui voudraient aller plus loin sur le sujet.


• L’enveloppe financière consacrée au(x) feu(x) 2022 à Monteux :

Sans disposer des chiffres exacts relatifs au feu, nous savons toutefois que la ville a budgété 470 000 € pour les festivités 2022 dans leur ensemble (hors activités déployées dans le centre-ville, gérées par le budget de l'association « Monteux Coeur de Ville » représentant un montant de 30 000 €).


Par ailleurs, si l'on recherche des éléments de comparaison avec des manifestations similaires dont nous connaissons le coût : 600 000 € pour le feu de 30 minutes à Paris avec le même prestataire, on peut faire un pari sur une enveloppe estimative de 400 000 € à Monteux pour ses feux. Ramené par habitant cela représente une dépense de 30 euros par tête. Ainsi les Montiliens qui n’auront pas assisté aux spectacles auront néanmoins contribué à hauteur de 30 € via les taxes locales.


Le fait malheureusement de ne disposer en tant qu'élu Monteux Citoyens, membre de la Commission des Appels d'Offres, d'aucun chiffre sur un poste de dépenses aussi pondéreux justifie notre appréciation d'opacité de gestion de ce poste de festivités conduites par la direction municipale.


S’agissant de l’attribution du marché, toujours au même prestataire, notons, que l’établissement Lacroix- Ruggieri a quitté Monteux il y a 32 ans et que la ville ne devrait pas être inféodée trois décennies plus tard à cette société (par ailleurs productrice d’armements)


De façon pratique, Monteux Citoyens demandera communication du bilan financier de cette manifestation à destination des élus du Conseil municipal. Rendre publique l’information permettra de nourrir un débat plus riche et plus constructif que celui des oppositions duales observées sur les réseaux sociaux à l’issue du spectacle.


Emissions de CO2 et pollution de l’air :

Voici quelques chiffres bruts : La combustion de la poudre noire entraîne un important dégagement de CO2. Le feu d'artifice de Monteux durant 45 minutes avec ses 12 tonnes de poudre projette ainsi dans l'atmosphère 6 tonnes de CO2, l'équivalent d’un trajet de 50 000 km en voiture essence.


Les dangers pour la santé publique :

Lorsqu'elles retombent sur le sol, les poussières vont polluer la terre, les végétaux, la micro faune et les nappes d’eau dans le sol. Le propergol (un agent de propulsion) et les colorants non brûlés contaminent les sols et les rivières. Le cuivre, par exemple, est susceptible d'entraîner des taux élevés de dioxine et des problèmes de peau ; le phosphore quant à lui entraîne une eutrophisation des lacs et le baryum a des effets nocifs sur le cœur et l'intestin. Les plans d'eau à proximité des stations balnéaires et des parcs d'attractions, où les feux d'artifice sont fréquents, connaissent ainsi des problèmes récurrents de qualité de l'eau.

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