EAU ET MILIEUX NATURELS A MONTEUX

Mis à jour : 19 sept. 2020


Cette fin d’été et la sécheresse qu’a encore connu notre pays est l’occasion de nous intéresser à la situation de nos ressources naturelles en eau sur notre commune et alentours.

Qui s’occupe du bon état de nos cours d’eau, canaux, lacs et plans d’eau ?

Qui veille à la protection de nos zones humides et écosystèmes aquatiques ?

Voici quelques informations pour répondre à ces questions.

I – D’une gestion plurielle à une gestion regroupée sur un même échelon territorial :

Jusqu’à présent la gestion de la ressource en eau est conjointe et diverses strates territoriales y sont parties prenantes : commune, intercommunalité, syndicat mixte des eaux … A compter de l’automne 2020, nous allons nous acheminer pour les communes des Sorgues du Comtat vers un transfert sur une même structure spécialisée, le syndicat mixte de l’EPAGE SOMV (Etablissement Public d’Aménagement et de gestion des Eaux du Sud Ouest Mont Ventoux).

C’est à ce syndicat regroupant 3 intercommunalités situées sur un même bassin versant que la CCSC (Communauté des Sorgues du Comtat) confiera sa compétence en matière de gestion de nos milieux aquatiques. Cette compétence s’appelle Gemapi, elle inclut également la prévention des inondations.

Précisons que le syndicat EPAGE ne s’occupe pas de l’eau potable (gérée par le syndicat Rhône Ventoux), de l’assainissement collectif des eaux usées (géré par Suez), de l’assainissement non collectif (géré par le SPANC), du Canal de Carpentras (géré par l’association syndicale de Carpentras qui distribue l’eau d’irrigation).

La mission ainsi confiée à l’EPAGE dans le cadre de Gemapi inclura :

- l’entretien des cours d’eau, canaux (autres que celui de Carpentras), lacs et plans d’eau

- la protection des zones humides, écosystèmes aquatiques et forêts riveraines

- l’aménagement des bassins versants

- la défense contre les inondations.

Parmi les espaces concernés par ce transfert de compétences, figurera notre zone spéciale de conservation (ZSC) pour la faune et la flore : l’espace naturel des Confines. Son statut de zone humide justifiera son rattachement en gestion à l’EPAGE.

II – L’espace naturel sensible des Confines : remarquable pour la richesse de sa faune et de sa flore :

Situé au nord-ouest de la commune de Monteux, en dessous du niveau du lit des cours d’eau qui le bordent (la Grande Levade, des affluents des Sorgues et de l’Ouvèze), cet espace de 48 ha est redevenu progressivement à l’état sauvage depuis 1992 après le départ des usines Ruggieri. Diverses espèces animales et végétales rares ont pu s’y développer.

Les Confines présentent une mosaïque de milieux humides (ripisylve, roselières, cariçaies, prairies…), qui compte de nombreuses espèces rares voire protégées. Parmi les grandes richesses floristiques figurent : Orchis laxiflora, Allium angulosum, Iris maritime… Côté faune, avec pour les seuls oiseaux plus de 140 espèces observées, on citera : Busard des roseaux, Chouette Chevêche, Rollier d’Europe, Rousserolles, Butor étoilé, Blongios nain, Héron pourpré, Phragmite des joncs, Chevaliers, Bécasseaux, Bécassines…

On y dénombre 6 espèces de batraciens, dont le triton palmé très peu répandu en Provence. Une quarantaine d’espèces de libellules, autant de papillons et d’orthoptères viennent compléter l’étonnante diversité de cet espace.

Le site naturel est classé zone d’intérêt écologique et faunistique (ZNIEF) depuis 2003 au sein d’un ensemble plus vaste de 290 ha « Les prairies de Monteux » et à ce titre est répertorié à l’INPN (1) (inventaire du patrimoine naturel de Provence Côte d’Azur). La fiche d’inventaire fait ressortir certaines caractéristiques remarquables du site : « Au nord des Confines, entre le Grand Vallat et la Grande Levade, l’ancien « site Ruggieri » est unique dans le Vaucluse. Ce domaine offre encore des habitats que l’on devait rencontrer dans la plaine comtadine avant la mise en culture. Une partie est occupée par des prairies pâturées, l’autre est envahie par une cariçaie ». (Mise à jour par le Conservatoire CEN paca, juin 2020)

En 1998, une première proposition de classement du site avait été effectuée auprès de la Communauté Européenne. C’est en 2006 que le site a été classé comme zone d’intérêt communautaire, puis en novembre 2015 reconnu par arrêté ministériel comme zone spéciale de conservation Natura 2000 au sein d’un périmètre plus vaste de 2 555 ha, couvrant l’Auzon, le réseau de la Sorgue et de ses affluents ainsi que les Prairies de Monteux.

III – La particularité du réseau hydraulique actuel - Une zone humide bien sèche.

Racheté en 1992 par la commune de Monteux, c’est en 2013 que ce terrain a fait l’objet de travaux d’aménagements de sentiers et observatoires. Puis des travaux de réhabilitation de ces cheminements et observatoires furent effectués en 2018.

Cependant, depuis le départ des usines Ruggieri, le site n’a quasiment jamais été naturellement en eau en raison de la présence en amont d’un canal de déversement créé dans les années 1980 à l’initiative des usines, qui avaient fait construire cet ouvrage de détournement des eaux pour se préserver des inondations de plaine.

Pour remédier à l’assèchement artificiel de la zone, créé par ce canal de déversement, la commune, propriétaire du site, a décidé en 2018 d’installer une prise d’eau en amont, qui serait alimentée par la Grande Levade. L’eau serait acheminée sur le site pour le rendre à sa situation initiale de zone humide.

Les travaux commandités par la commune en tant que maître d’ouvrage en 2018, ont été confiés à une première entreprise, qui a fait faillite avant l’achèvement de l’ouvrage.

Une seconde entreprise s’est vue attribuer l’achèvement de cet ouvrage hydraulique. Mais celle-ci n’est pas allée jusqu’au bout du cahier des charges aboutissant ainsi à un ouvrage hydraulique livré avec diverses non conformités, en particulier le défaut d’étanchéité. Le comptage du débit prélevé serait également faussé. Ces défauts techniques conduiraient dans leur ensemble à une non-conformité au dossier de la loi sur l’eau.

En septembre 2019, la commune s’était engagée à faire corriger ces défectuosités. Ces corrections devaient intervenir préalablement au transfert en gestion du site et de l’ouvrage hydraulique vers l’Epage, dans le cadre du transfert prévu de la compétence Gemapi.

Pendant la période de confinement, au printemps 2020, les techniciens de l’Epage ont effectué des tests de mise en eau en ouvrant la vanne. A cette occasion, le test a fait ressortir que les malfaçons détectées il y a un an et demi n’avaient pas été corrigées.

Les travaux de correction auxquels s’était engagée la mairie de Monteux n’ont pas été réalisés.

IV – Le rôle de l’EPAGE en prévision du transfert Gemapi :

En concertation avec les techniciens de la CCSC, l’Epage s’active pour préparer ce transfert, qui devrait s’opérer à l’issue d’un vote du conseil syndical à l’automne.

L’Epage devra donc prendre en charge un ouvrage défectueux aux Confines et un fonctionnement hydraulique du site qui serait à modifier dans sa globalité. Pour l’année 2020, le financement pour ce site sera de zéro euro (les dossiers de financement n’ayant pu être menés préalablement au transfert juridique effectif de la compétence Gemapi). Pour 2021, on ne sait encore.

Mentionnons à ce stade, que l’Epage fonctionne en sous-effectif depuis plusieurs années, en particulier sans poste de direction, non pourvu depuis 2 ans. Le plan de charge est intenable avec les effectifs actuels (2 techniciens de rivière et 2 agents administratifs, sur un territoire de 27 communes (!) et une quantité d’ouvrages hydrauliques en augmentation. Ce sont deux postes à temps plein supplémentaires qu’il conviendrait de pourvoir, auxquels il faudrait ajouter deux agents dédiés de la Communauté de Communes pour l’entretien du site des Confines. Ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent.

A l’issue du transfert, s’ensuivra une discussion avec le département et l’agence de l’eau pour renouveler la convention de gestion de l’espace naturel avec le Conservatoire des Espaces Naturels en Provence Côte d’Azur (CEN Paca). Lorsque le gestionnaire sera renommé, il diligentera un inventaire de la faune et de la flore.

Concernant l’état du site lui-même, l’on constate que les roselières n’ont pas été faucardées. Pourtant le maintien de la biodiversité des roselières dépend de ces actions de préservation des zones humides accueillant joncs et roseaux.

De plus, si les fourrés se développent faute d’entretien et de débroussaillage, cela est propice à constituer un refuge pour les sangliers. Ce qui ne serait tout simplement pas le cas avec un site régulièrement entretenu.

La nomination d’un gestionnaire de site en la personne du CEN Paca ne résoudra pas les problèmes de défaut d’entretien si la Communauté de communes persiste à n’allouer aucun technicien pour le site.

Par comparaison, l’Epage est également en charge de deux autres Espaces Naturels Sensibles, dont il est propriétaire :

- l’un à Mormoiron, « la Pavouyère », acquis, labellisé ENS et sous convention de gestion avec le CEN depuis 2017.

- l’autre à Aubignan, « Belle Ile » zone d’expansion naturelle de crues acquise par l’EPAGE en 2006 (sous convention de gestion avec le CEN Paca depuis 2011 et classée ENS depuis 2012) .

C’est pour l’Epage beaucoup plus facile de maintenir en bon état les lieux et de faire appliquer les règlements de chasse lorsqu’il est propriétaire foncier. Par exemple, après chaque battue, un carnet de battue est systématique rempli. Ce qui n’est pas le cas, avec le site des Confines. Concernant le site de Belle Ile, il n’y pas un sanglier qui est prélevé. L’état d’entretien du site semble faire toute la différence.

V – En conclusion :

Que souhaiter pour cet espace naturel sensible ?

De l’eau non polluée en quantité suffisante.

Du calme et des conduites respectueuses de la part des visiteurs observateurs.

Une feuille de route bien conduite par les nouveaux gestionnaires qui assureront la préservation des habitats et des espèces.

Rappelons que seul 0,02 % du territoire français est réellement protégé. Ce qui est très peu. La disparition des lieux de vie est la cause essentielle de l’effondrement des populations animales et de la disparition des espèces.

Les rapports du GIEC estiment que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis le début du 20ème siècle. Et parallèlement à cette atrophie de la diversité du vivant, les populations diminuent très fortement. En 40 ans, 400 millions d’oiseaux européens ont disparu.

La réserve naturelle des Confines, et l’ensemble de la zone à laquelle elle est rattachée au titre de la classification Natura 2000, fait partie des derniers remparts contre l’effondrement de la biodiversité. Accordons lui toute l’attention qu’elle mérite. Pas seulement en parole mais surtout en actes.

Pour faire connaître ce sanctuaire naturel aux Montiliens qui le souhaitent, nous suggérons qu’ils puissent s’y rendre à pied ou à vélo, par une piste cyclable qui emprunterait des tracés et chemins existants.

Une belle attention à prévoir pour ce début de mandature de nos élus.

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